Beaucoup de systèmes hi-fi mettent en avant le haut médium. La réponse en fréquence de notre oreille n’est pas linéaire mais présente une sensibilité plus élevée dans cette partie du spectre qui se situe vers 3 à 4 khz. La conjonction de ses deux phénomènes, un système mettant en avant cette partie du spectre et notre oreille qui y est plus sensible, résulte en une écoute désincarnée, irréelle, erronée mais qui malheureusement est souvent très séduisante.

Cela nous amène à nous poser la question qui est presque philosophique : faut-il préférer le vrai au beau ?

Nous allons restreindre nos propos sur la reproduction de la musique. Je vais étayer mon point de vue, qui comme vous pouvez le deviner privilégie le vrai au beau, par des exemples.

Prenons, pour commencer, les sonates pour violoncelle et piano de Beethoven interprétées par Pierre Fournier et Wilhelm Kempff chez DG. Ce superbe enregistrement met en valeur le dialogue entre violoncelle et piano ainsi que la complémentarité de leurs parties respectves au sein de la partition. Avec un système souffrant du mal décrit ci-dessus, nous perdons le dialogue qui se réduit alors à la main droite du piano et aux cordes de ré et de la (les plus aiguës, du violoncelle). La complémentarité disparait aussi. Elle laisse place à un dialogue dans lesquels l’un ou l’autre des instruments l’emporte tour à tour. L’emphase disparaît, résultat d’un phénomène de compression par absence d'informations contenues dans le bas médium. Les nuances d’appui de Kempff sont gommées. Le plus gros problème est que cette reproduction typée est très agréable à écouter malgré sa pauvreté.

Autre exemple: Le quatuor à cordes, de deux violons, d’un alto et d’un violoncelle. Un système « haut médium » mettra systématiquement en avant les violons au détriment de l’alto et du violoncelle. De plus, la scène sonore sera déformée. Les violons seront plus proches de nous alors qu'ils devraient en principe se situer au même niveau que les autres instruments. Les timbres seront faux provoquant une lévitation au dessus du sol des instruments due au manque de bas médium.

J’ai récemment partagé une écoute avec un client de la Symphonie Fantastique de Berlioz dirigée par Paul Paray. L’objectif était de comparer deux dacs sur un même système. Un des deux dacs mettait en avant le haut médium. Le résultat fut sans appel. L’orchestre était déstructuré, les cuivres prenaient le dessus et passaient à côté du chef d’orchestre, les contrebasses ressemblaient à des violoncelles… Mais le plus grave, cette œuvre au combien démoniaque devenait un gentil petit conte de fées.

DG avait produit, en son temps, un LP montrant les effets dévastateurs du haut médium lorsqu'ils sont mis en avant. Une œuvre symphonique était successivement tronquée de portions de spectre en commençant par le haut. En premier, on coupait la bande passante au dessus de 10 khz. La différence était ténue et le rendu musical toujours aussi riche. Il a fallu descendre à une coupure au dessus de 5khz pour avoir un changement musical notoire de l’œuvre reproduite. Ensuite, même opération mais en partant du bas en dessous de 400hz. L’orchestre était complètement désincarné. Il ne restait de tous ces mucisiens qu’un maigre squelette.

J’aurais des dizaines d’exemples à vous rapporter. Je finirai par Youn Sun Nah avec l’album Light for the people et la chanson Sometimes I’m happy. Celle-ci se situe juste après le morceau très suave Besame Mucho, voix et contrebasse. Avec un système « haut médium » l’écoute de Sometimes I’m happy est stressante et désordonnée. On n’a pas de scène sonore car selon le registre, les instruments se déplacent d’arrière en avant. Le tempo est toujours le même, sans nuance. Ce phénomène de monotonie du tempo vient du masquage des instruments ne se situant pas dans le haut médium. On aboutit aussi à un accompagnement réduit à sa plus simple expression.

Les systèmes mettant en avant le haut médium, masquent le bas médium qui est très informatif. La  reproduction est erronée. Cela peut être très beau, sur des voix par exemple ou une guitare classique. Mais sur des messages plus complexes, quel que soit le style de musique, on perd beaucoup de nuances.

Donc à la question : faut-il préférer le vrai au beau,  sans hésitation je réponds le vrai qui a infiniment plus de nuances. Comment se priver de nuances quand la richesse de l'écriture musicale est justement basée sur celles-ci.

Dans nos systèmes, l’origine de ce haut médium prédominant a diverses causes. Les câbles en sont souvent une et pas la moindre.

Bonnes écoutes